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Mise à jour régionale

Asie et Océanie


La situation en matière de droits humains s’est dégradée au premier trimestre 2009 dans bon nombre de pays de la région. En Asie du Sud, les conflits au Sri Lanka et au Pakistan ont de lourdes conséquences pour la population civile et se sont traduits par le déplacement de centaines de milliers de personnes. En Chine, les conséquences du ralentissement économique mondial aggravent les problèmes liés à la main-d'oeuvre migrante et les troubles dans les campagnes, face auxquels les pouvoirs publics réagissent en renforçant la répression. Aux îles Fidji, un coup d’État a porté au pouvoir un gouvernement militaire autoritaire, tandis qu'au Cambodge, le procès tant attendu d'un responsable notoire de violations des droits humains a donné lieu à de nombreuses accusations de corruption, le gouvernement menaçant de son côté de mettre fin prématurément à toute la procédure.

Privations et exclusion

L'annonce par le gouvernement nord-coréen de reprendre son programme nucléaire a suscité un regain de tension au niveau international. Alors qu’une nouvelle famine se profilait à l’horizon, la Corée du Nord a refusé toute aide alimentaire des États-Unis et a ordonné à cinq organisations humanitaires américaines de quitter le pays avant la fin du mois de mars.

Au mois de janvier, les forces de sécurité et une équipe de démolition ont procédé à l’expulsion d’environ 400 familles de Dey Kraham, un quartier du centre de Phnom Penh. Ces familles se sont retrouvées pour la plupart d’entre elles sans abri.  Le site où elles étaient censées être relogées se trouvait loin de leur lieu de travail et était dépourvu d'eau potable, d'électricité, de réseau d'assainissement et des services les plus élémentaires.  Quelque 150 000 Cambodgiens sont actuellement menacés d’expulsion, sur fond de litiges fonciers et de grands projets agro-industriels ou d'urbanisation.

Au mois de janvier, les forces de sécurité thaïlandaises ont contraint au moins un millier de Rohingya, membres d’une minorité musulmane de l'État d'Arakan, dans l’ouest du Myanmar, à quitter en bateau le sud-ouest de la Thaïlande. Des milliers de Rohingya ont fui par la mer vers la Thaïlande et la Malaisie. Des centaines d’entre eux sont portés disparus et ont vraisemblablement péri noyés.  Les autorités du Myanmar refusent de reconnaître aux Rohingya le droit à la citoyenneté.

Ceux-ci se retrouvent donc de fait apatrides.  Ceux d’entre eux qui sont refoulés vers le Myanmar restent exposés à de sérieuses violations de leurs droits fondamentaux (travaux forcés, expulsions, confiscations de terres et restrictions draconiennes de toute liberté de déplacement).    


Des élections législatives nationales ont eu lieu en Inde au mois d’avril. Les résultats sont encore incertains.  Dans le district de Kandamal, dans l’Orissa, plus de 7 000 personnes appartenant à la minorité chrétienne continuent de croupir dans des camps pour personnes déplacées. Ces personnes ont été la cible d’attaques de la part d’organisations nationalistes hindous entre août et octobre 2008.   

 

Insécurité

Les talibans pakistanais ont étendu la zone qu'ils contrôlaient, assumant désormais la responsabilité administrative de trois à quatre millions de personnes, dans le district de Malakand de la province de la Frontière du Nord-Ouest, aux termes d’un « accord de paix » conclu avec le gouvernement du Pakistan. La progression des talibans et la réponse militaire brutale apportée par le gouvernement ont entraîné le déplacement d’environ un million de personnes. Dans la vallée de Swat, au cœur du district de Malakand, de durs combats ont éclaté entre les forces gouvernementales et les talibans, en avril et en mai, déclenchant une nouvelle vague de déplacements de civils.


Au Sri Lanka, au début de l’année, on estimait à près de 250 000 le nombre de personnes prises au piège entre les forces de sécurité gouvernementales et les Tigres libérateurs de l'Eelam tamoul (LTTE), dans la région du Wanni, située au nord-est de l’île. Les Nations unies estimaient fin avril que les combats avaient fait plus de 6 500 morts et plus de 13 000 blessés dans la population civile.  Les LTTE ont déplacé de force des civils, les obligeant à gagner les zones du Wanni qu'ils contrôlaient et les prenant de fait en otages, pour s'en servir comme d'un bouclier humain contre les forces armées sri-lankaises. Le gouvernement du Sri Lanka a limité l’accès des organisations humanitaires aux secteurs tenus par les LTTE, qui manquaient ainsi cruellement de médicaments et d'équipements médicaux, entraînant la mort de nombreuses personnes qui auraient normalement pu être sauvées. Au mois d’avril, alors que les combats s’intensifiaient et que les pressions internationales se faisaient plus insistantes, un cessez-le-feu humanitaire provisoire a permis à plusieurs de dizaines de milliers de personnes de gagner des zones contrôlées par les troupes gouvernementales. Plus de 150 000 personnes déplacées se trouvent actuellement dans une vingtaine de camps de transit, répartis dans tout le district de Vavuniya. Les informations dont on dispose montrent que les « villages d’assistance » mis en place par les autorités sont bondés et ne bénéficient pas d’infrastructures suffisantes. Selon des informations dignes de foi, des dizaines de personnes auraient été arrêtées et conduites vers des destinations inconnues ou en des lieux interdits à toute personne venant de l'extérieur. Les observateurs internationaux  des droits humains ne sont pas autorisés à se rendre dans la zone de conflit.


Selon le Bureau de sécurité des ONG en Afghanistan (ANSO), 342 civils ont été tués au cours du premier trimestre 2009, dans le cadre d'attaques menées par des insurgés ou d’opérations des forces militaires internationales.  Les talibans et, plus généralement, les groupes insurgés ont multiplié les attaques au cours des premiers mois de l’année 2009. Le 1er avril, un attentat suicide lancé contre l’immeuble de l’assemblée provinciale, à Kandahar, dans le sud du pays, a fait 11 morts, dont le directeur des services de l’enseignement de Kandahar et le directeur adjoint des services de la santé de la province.  Toujours selon l’ANSO, les attaques lancées par les insurgés sont passées de 381 en février à 527 en mars 2009. Les activités des rebelles se sont également intensifiées dans le nord et l’ouest du pays. D’après le ministère afghan de la Santé, l'insécurité alimentaire menace environ neuf millions de personnes, sur une population totale estimée à 27 millions. Cette situation les expose à diverses maladies contagieuses saisonnières. Plus de 230 000 personnes déplacées vivent dans des conditions déplorables, dans des tentes, des huttes de terre ou des bâtiments vétustes, généralement privées de chauffage, de vêtements adéquats et de services de santé.


Les provinces à majorité musulmane du sud de la Thaïlande ont connu au premier trimestre de l’année 2009 une forte recrudescence des attaques menées par des insurgés contre des civils, tant en nombre qu’en gravité. Après une relative accalmie en 2008, les activités des insurgés ont repris de plus belle, redoublant de férocité (cinq personnes au moins auraient été décapitées). Dix personnes ont été tuées en vingt-quatre heures, à l’occasion du cinquième anniversaire du siège de la mosquée de Krue Se.


En mars, les autorités dénombraient 209 000 personnes déplacées en raison du conflit de basse intensité qui opposait toujours l'armée philippine et le Front de libération islamique moro (MILF). Nombre entre elles étaient parties de chez elles depuis les combats du mois d’août 2009 et n’avaient plus aucun moyen de gagner leur vie. Des personnes déplacées interrogées en avril par Amnesty International ont déclaré que les rations qui leur étaient distribuées étaient insuffisantes et qu'elles étaient obligées de retourner dans leurs villages pour tenter de récupérer ce qui pouvait l'être dans leurs champs, au péril de leur vie.  Les pourparlers de paix étaient toujours au point mort.

 

Des voix qui peinent à se faire entendre

La Chine a mis en place en avril le premier Plan national d’action en faveur des droits humains de toute son histoire. Cela n’a pas empêché les autorités d’intensifier dans le même temps la répression, à l’approche du vingtième anniversaire des manifestations en faveur de la démocratie de la place Tiananmen, en juin, et du premier anniversaire du tremblement de terre qui a frappé le Sichuan en mai 2009.  Une centaine de militants des droits humains au moins ont été arrêtés arbitrairement ou ont fait l’objet de violences. Ils ont cependant été relâchés, pour la plupart d'entre eux.  À la veille du cinquantième anniversaire de l’échec du soulèvement tibétain de 1959, qui avait entraîné la fuite en Inde du dalaï-lama, il semblerait que des manifestations aient eu lieu dans les régions à population tibétaine et que des mesures de sécurité renforcées aient été prises. Parallèlement, la  région autonome ouïghoure du Xinjiang restait contrôlée d’une main de fer. Deux membres de la communauté ouïghoure, Abdourahman Azat et Kourbanjan Hemit, ont été exécutés le 9 avril pour leur rôle présumé dans une attaque menée en août 2008, quatre jours avant le début des Jeux olympiques de Pékin, au cours de laquelle 17 membres de la police des frontières avaient été tués et 15 autres blessés. Deux Tibétains, Losang Gyaltse et Loyar, ont été condamnés à mort le 8 avril, à Lhassa. Ils étaient accusés d’avoir participé à deux incendies volontaires distincts, qui avaient fait des victimes, lors des troubles qui avaient secoué les secteurs à population tibétaine, en mars 2008.


Un an après le passage du cyclone Nargis, alors que les secours progressent, le gouvernement du Myanmar s’en est pris à certaines personnes, parce qu’elles se sont mobilisées pour aider leurs compatriotes à survivre. Vingt et une personnes ont ainsi été arrêtées pour avoir fourni une aide, diffusé des informations sur le cyclone ou tout simplement enterré des morts. Elles viennent s’ajouter aux quelque 2 100 prisonniers politiques déjà incarcérés dans ce pays.  Des arrestations continuent d’être régulièrement signalées. De nombreux détenus se trouvent dans des prisons éloignées du domicile de leur famille et sont en mauvaise santé. C’est notamment le cas du célèbre humoriste et militant de longue date Zargana, qui a été arrêté pour avoir tenté d’organiser les secours et pour avoir critiqué la réaction du gouvernement face au cyclone.


Au Bangladesh, les élections de décembre 2008, qui ont marqué la fin du gouvernement provisoire contrôlé par l’armée,  ont permis l’arrivée aux affaires de la Ligue Awami, dont le programme prévoyait notamment d’améliorer la situation en matière de droits humains.  Le gouvernement a pris l'initiative de mettre en place un tribunal qui serait chargé d'établir les responsabilités des événements survenus en 1971, qui avaient débouché sur la partition du Pakistan de l’époque. Début mai, il n’avait cependant donné aucune précision concernant les modalités du processus.  Ce qui semblait être une mutinerie au sein du groupe paramilitaire des Bangladesh Rifles s’est soldée fin février par la mort d'une cinquantaine de soldats au moins. Des informations, qui n’ont pas pu être confirmées, faisaient état de mauvais traitements graves infligés à des prisonniers des Bangladesh Rifles. Début mai, le gouvernement n’avait pas encore publié les conclusions de trois enquêtes séparées concernant cette mutinerie. il n’avait pas non plus précisé si les responsables seraient jugés devant une cour martiale ou devant des tribunaux civils.


Aux îles Fidji, la Cour d’appel a déclaré illégal, au mois d’avril, le gouvernement militaire non élu, tandis que le président de la République abrogeait la Constitution de 1997, mettait fin aux fonctions de l'ensemble dé l'appareil judiciaire, repoussait à 2014 les élections et imposait la loi martiale pour une durée de trente jours. Une nouvelle réglementation « d'urgence publique » a été adoptée. Celle-ci exonère les membres de la police et de l'armée de toute responsabilité, même lorsque leur conduite provoque des morts ou des blessés. Cette nouvelle réglementation se traduit par la censure de la presse, des arrestations de journalistes et des restrictions draconiennes apportées à la liberté d’association. Les défenseurs des droits humains et toute personne critique à l’égard du régime sont également très menacés.


Au Sri Lanka aussi, loin du front, la liberté d’expression est gravement remise en cause. Les attaques contre la presse se multiplient. En janvier, un membre de la rédaction du Sunday Leader, Lasantha Wickramatunge, a été assassiné.
En Malaisie, le nouveau gouvernement du premier ministre Najib Tun Razak, entré en fonction au mois d’avril, est confronté à des défis majeurs en matière de droits humains, en particulier de liberté d’expression et de réforme de la justice.  Au mois de janvier, Kugan Ananthan est mort en garde-à-vue. Son corps portait d'importantes traces de violences.   Dans le cadre d’une vaste opération menée en mars contre les blogueurs, huit personnes ont été inculpées pour avoir critiqué le sultan de Perak.  Des dizaines de personnes sont toujours détenues au titre des dispositions administratives de la Loi relative à la sécurité intérieure, qui permet de maintenir un suspect en détention illimitée, sans inculpation ni procès.

 

Impunité

Les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC, chargées de juger les crimes des Khmers rouges commis il y a plus de trente ans) ont tenu leur première audience digne de ce nom en mars, entamant ainsi un processus historique. L’accusé, Kaing Guek Eav, surnommé Duch, est inculpé de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre perpétrés alors qu’il était à la tête du bureau de la sécurité S-21, connu sous le nom de Tuol Sleng. Le co-procureur cambodgien a cependant refusé d'examiner plus de cinq affaires et de graves accusations de corruption au sein de l’appareil judiciaire ont été laissées sans réponse.

Disponible sur Amnesty.org

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